Skylar Tibbits, chercheur au MIT, affirme avoir mis au point une imprimante qui génère des objets qui évoluent au cours du temps et sont ainsi capables de s'adapter à leur environnement, de se dupliquer, voire de se réparer.
Vous avez entendu parler des imprimantes 3D ? Ces machines qu’il vous suffit de nourrir de matière et qui vous permettent de choisir l’objet de votre choix pour que celui-ci se forme instantanément devant vos yeux écarquillés. Si ce spectacle vous semble relever de la chimère asimovienne, c’est que vous n’avez pas rencontré Skylar Tibbits. Chercheur au MIT et invité en avril par TED, celui-ci travaille actuellement sur l’imprimante 4D. Oui, vous avez bien compris, le facteur temps fait maintenant partie intégrante de l’équation.
Un ADN des bâtiments
Selon lui, dans le futur, les objets physiques ne se contenteront pas de conserver passivement des propriétés et une forme prédéfinie mais, une fois imprimés, s’adapteront à leur environnement, se dupliqueront ou encore se répareront par eux-mêmes. Comme résume le magazine Wired : « L’acte d’impression n’est plus une finalité en soi mais seulement le début du processus créatif. ».
Le chercheur insiste sur le concept clé d’auto-construction : un procédé par lequel des parties désordonnées s’assemblent en une structure ordonnée, exclusivement grâce aux interactions locales. Pour illustrer son propos, celui-ci sort une chaine d’éléments linéaires, la secoue et celle-ci réagit à la décharge d’énergie en formant un cube.
Pour filer la métaphore, Skylar Tibbits prétend avoir réussi à prêter aux matériaux de la construction ou de l’industrie des qualités du monde organique. Un gratte-ciel évoluerait en réagissant à son environnement (le vent, les tremblements de terre, la pollution etc.) « Comme programmé par un ADN interne (…) comme un robot sans fils ni moteurs (…) comme si une intelligence avait été intégrée aux matériaux ». Oui, nous pouvons bien parler d’intelligence, puisque rappelons que sa définition première est la capacité d’adaptation.
Cette révolution technologique pourrait donner un coup de fouet à l’industrie telle que nous la connaissons. Pour le chercheur, nous perdons actuellement une énergie et un temps considérable car nos matériaux statiques sont incapables de s’adapter.
Il prend l’exemple des pipelines, qu’il faut entièrement déterrer et remplacer dès que le sol bouge ou que le flux s’intensifie. Une pipeline 4D s’élargirait, se rétracterait ou ondulerait en réagissant naturellement aux mutations de son environnement. Mais cette innovation pourrait également réduire tous ces petits désagréments qui gangrènent notre vie quotidienne. Imaginez par exemple que votre tasse de café réagisse à la chaleur du contenu pour vous empêcher de vous brûler, que votre chaise Ikea s’assemble par elle-même ou encore que votre jean s’élargisse ou se rétrécisse selon les fluctuations de votre corpulence.
Une technologie commercialisable ?
Si Skyler Tibbits avait déjà construit des prototypes d’imprimantes dans le passé, le système dévoilé ce mois-ci est moins onéreux, plus simple d’utilisation et pourrait être exploité par l’industrie. Il a également élargi le champ des matériaux réagissant à cette technologie, qu’il n’arrivait à appliquer autrefois qu’à un unique type de plastique.
Par conséquent, il affirme qu’il projette de travailler avec des entreprises privées dans des domaines tels que l’ameublement, l’aérospatial ou encore la construction pour multiplier les applications concrètes. Cette année, les imprimantes 4D s’échappent des laboratoires de recherche pour pénétrer le monde réel.
Le seul bémol est que pour l’instant, la technologie est surtout adaptée aux petits objets et pas encore tout à fait fonctionnelle quand il s’agit de construire un sofa qui se rétracterait pour passer miraculeusement par votre porte d’entrée. Mais comme l’annonce magistralement Skyler Tibbits, les chercheurs du MIT en sont pour l’instant au stade où ils font émerger une discipline qui pourrait dans le futur prendre une beaucoup plus large ampleur.